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Abderrahmane Farés

Hommage à Abderrahmane Fares

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Premier contact entre De Gaulle et Abderrahmane Farès

Bien avant la constitution du GPRA le 19 septembre 1958, et dès son arrivée au pouvoir, le général de Gaulle avait entamé les premiers contacts avec les dirigeants du FLN, dont certains restèrent secrets et informels.

Le 1er juin 1958, il convoque Abderrahmane Farés qui avait cessé toute activité politique et vivait à Paris. Celui qui fut président de l’Assemblée algérienne déclarait déjà en 1956 au gouverneur général de l’époque Robert Lacoste : « le seul interlocuteur valable reste le FLN ». Tout en n’ayant pas rejoint le FLN, il gardait des contacts poussés avec ses dirigeants, notamment avec Ferhat Abbas. Il avait ses entrées auprès des milieux libéraux français et était apprécié par les dirigeants gaullistes. De Gaulle lui aurait proposé de rentrer dans son gouvernement. Il aurait refusé après avoir consulté le FLN. Il fut alors chargé d’une mission de contact avec le FLN en relation étroite avec Georges Pompidou alors directeur du cabinet du général de Gaulle. Selon certains témoignages il aurait été partisan d’une indépendance de l’Algérie par étapes. Il aurait conseillé au gouvernement français de proposer un état algérien autonome au sein de la communauté française avec application stricte de l’égalité en droits et en devoirs entre tous ses habitants. Cet état autonome aurait pu par la suite demander son indépendance, conformément aux nouvelles dispositions de la constitution française. Il semble que c’était aussi la vision défendue par de Gaulle. Ferhat Abbas était loin de cette position. Il avait affirmé à la conférence de Tanger de juin 1958 : « La position de de Gaulle signifie la guerre ». Pour lui, il fallait rejeter la politique d’intégration et rester ferme sur le préalable de la reconnaissance du droit à l’indépendance. Dans un rapport au CCE de juillet 1958 il affirmait que tout serait perdu sans la combativité guerrière et le soutien populaire ; même s’il fallait manifester de la souplesse et se préparer à la négociation.

Le 18 août 1958 (le GPRA n’avait pas encore été constitué), Abderrahmane Farés et Ferhat Abbas se rencontrent à Montreux en Suisse. Farés informe le représentant du CCE que de Gaulle était prêt à entamer des pourparlers. Abbas répond que la direction du FLN était favorable à une rencontre officielle en terrain neutre.

De son côté, René Brouillet, secrétaire général aux affaires algériennes auprès du général de Gaulle dépêcha l’écrivain algérien Jean Amrouche pour mener de premiers contacts avec des représentants du FLN à Rome. Il s’agissait de sonder les intentions des dirigeants de la révolution.

Le CCE reste prudent. Le gouvernement français renforce la pression sur les organisations algériennes établies en France. Le FLN décide de porter la lutte sur le territoire de la métropole. Abdelhafid Boussouf exprime dans une interview à une revue française la position du CCE : « On veut nous pousser à tomber dans un piège ». Le 11 septembre 1958, René Brouillet envoie à Ferhat Abbas une lettre portée par Abderrahmane Farés dans laquelle il lui propose une rencontre à Paris. Le délégué du CCE demande une rencontre avec une personnalité officielle en terrain neutre. Le général de Gaulle lui transmet alors ce qu’on appellera « le document Pompidou » qui n’aborde que les aspects pratiques de l’éventuelle visite d’une mission du FLN en France. Ferhat Abbas exige un rencontre officielle de haut niveau en terrain neutre. Le document Pompidou est jugé inacceptable politiquement.

Le 3 octobre 1958, au cours d’un voyage en Algérie, le général de Gaulle lance le plan de Constantine, annonçant une réforme agraire, la création d’emplois, la construction de logements ainsi que l’officialisation de l’égalité en matière de droits politiques et d’accès aux emplois publics. Au même moment, Ferhat Abbas avait rencontré en Suisse Abderrahmane Farés et Jean Amrouche qui avaient insisté sur la volonté du gouvernement français d’ouvrir des pourparlers. A Tunis, il donne un entretien à un journaliste autrichien dans lequel il affirme la volonté du GPRA d’entamer une phase nouvelle : « Nous souhaitons la coopération avec les Français sur la base de nouvelles relations, dès que nous aurons obtenu l’indépendance. » Dans un entretien au journal du FLN El Moudjahid, le président du GPRA réaffirme sa disponibilité pour une rencontre officielle en terrain neutre. A la fin du mois de septembre une rencontre informelle réunit le ministre français Robert Buron avec Ahmed Boumendjel au cours d’un colloque en Italie.

Le 20 octobre Ferhat Abbas rencontre à nouveau Abderrahmane Farés, cette fois-ci au Caire qui lui tient le même langage optimiste sur la volonté de négociation du gouvernement français.

Le 23 octobre 1958, le général de Gaulle, au cours d’une conférence de presse offre « la paix des braves » aux combattants de l’ALN, les invitant tout simplement à se rendre. Le GPRA réagit fermement le 25 octobre en appelant les combattants à renforcer la lutte et rappelant sa conception de la négociation : « Le problème du cessez-le-feu en Algérie n’est pas simplement un problème militaire. Il est essentiellement politique. La négociation doit porter sur l’ensemble du problème de l’Algérie. Notre but est l’indépendance ». Les contacts sont rompus. On apprendra plus tard, que de Gaulle avait au même moment nommé le général Challe comme adjoint du général Salan chef de l’armée française en Algérie avec pour mission de se préparer à la relève et mettre au point un plan pour éliminer les combattants de l’ALN. Sa nomination est confirmée le 19 décembre et son plan est mis en application à partir de février 1959.

La volonté de négociation du général de Gaulle a-t-elle été exagérée par les différents intermédiaires, dont certains avaient peut-être eu le grand espoir de les voir aboutir rapidement, parce que parties intéressées ? Comment comprendre que très tôt, dès le mois de juin 1958 le président français avait voulu prendre contact avec les dirigeants du FLN ? L’appel à la reddition des combattants de l’ALN signifiait-il un virage ou la continuité d’une politique ? Comment comprendre sa démarche ? Avait-il une stratégie et laquelle ?

B.T

 

 

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